Psychologie et psychopathologie des métis judéo-chrétiens

Propositions pour une approche spécifique

Catherine Grandsard*

* Docteur en Psychologie, Maître de Conférences. Université de Paris 8.

Résumé

Dans un contexte où l’on estime qu’un mariage sur deux dans la communauté juive française est un mariage dit  » mixte « , généralement judéo-chrétien, cette recherche – qui participe des travaux en ethnopsychiatrie – explore les modalités d’une aide psychologique spécifique susceptible d’être apportée à des sujets issus de couples mixtes judéo-chrétiens en éprouvant la pertinence théorique d’une catégorie du sens commun, pourtant nouvelle en psychologie et en psychopathologie : celle de métis judéo-chrétien. Cette notion est envisagée non pas comme une catégorie descriptive mais comme un outil technique susceptible de contribuer à la production de données nouvelles et d’inspirer des modalités de prise en charge adaptées. Dans la mesure où ni les concepts généraux de la psychologie, ni les catégories propres aux groupes dont ils sont issus ne sont susceptibles de rendre compte de la spécificité du vécu de sujets situés à l’interface de deux systèmes d’objets postulés comme non-métissables, cette recherche propose de penser ces derniers à partir du concept de métis culturel, les invitant aussi à se penser eux-mêmes en fonction de cette notion et ce afin de produire de nouvelles perspectives pouvant aboutir à des solutions dynamiques, surtout en ce qui concerne les questions d’appartenance. La recherche a été menée auprès d’une trentaine d’adultes issus de mariages entre juifs et chrétiens, catholiques ou protestants.

Abstract

In a context where it is estimated that one out of two marriages in the French Jewish community is a so-called  » mixed  » marriage, usually between a Jew and a Christian, the goal of this research – partaking of research in ethnopsychiatry – is to examine the relevance of a new category in the fields of psychology and psychopathology, though not to common sense, namely the notion of a Judeo-Christian métis (mixed person). Rather than a descriptive category, this notion is approached as a technical tool likely to contribute to the production of new data and the development of appropriate treatment methods. In so far as neither the general concepts of psychology nor the categories peculiar to each of the groups in question are able to account for the specific experience of subjects located at the interface between the two systems of objects postulated as unmixable, this research proposes to approach this population through the prism of the concept of cultural métis (mixed person), also inviting such subjects to think of themselves from the standpoint of this notion, in order to produce new perspectives affording cogent answers, especially with regard to belonging issues. The research included thirty adult subjects born of marriages between Jews and Christians, both Catholic and Protestant.

 

Introduction

Cette recherche explore les modalités que pourrait prendre une aide psychologique spécifique destinée à des sujets issus de couples mixtes entre Juifs et chrétiens, sujets dont on sait qu’ils seront de plus en plus nombreux au cours des décennies à venir. En effet, l’on estime actuellement qu’un mariage sur deux dans la communauté juive française est un mariage dit  » mixte « , le plus souvent judéo-chrétien. Ce phénomène qui agite considérablement les instances communautaires juives mais aussi, très souvent, les sujets concernés et leurs familles, est toutefois peu étudié par les chercheurs en sciences humaines francophones. À ce jour, la seule étude sociologique française portant spécifiquement sur les couples mixtes judéo-chrétiens date de la première moitié des années 1970 (Bensimon et Lautman, 1974, 1977). Quant aux enfants issus de couples judéo-chrétiens, ces derniers ont fait l’objet, à la même époque, d’une étude exploratoire effectuée par des psychosociologues belges auprès d’une quinzaine d’étudiants bruxellois (Goldberg et Bok, 1970). À notre connaissance, aucune autre recherche n’a été consacrée depuis à cette population, ni en sociologie, ni en psychologie. En Amérique du Nord, la situation est tout autre. En effet, la fréquence croissante des mariages entre Juifs et non-Juifs, mise en évidence par des études démographiques (en 1973 et en 1990), alimente une abondante littérature, principalement sociologique. Des textes émanant de cliniciens traitent aussi de cette question ainsi qu’un nombre significatif de recherches universitaires en psychologie. Ces dernières explorent des problématiques se rapportant tant aux individus qui s’engagent dans une union mixte, qu’aux couples eux-mêmes et à leurs enfants.

Les premiers auteurs nord-américains qui se penchent sur la psychologie des enfants issus de mariages mixtes judéo-chrétiens, dans les années 1950-60, tentent généralement de démontrer que la mixité  » ethnico-religieuse  » du couple parental est susceptible de fragiliser l’équilibre psychique de ces enfants. Leur démarche s’inspire d’une théorie essentiellement négative des effets des mariages mixtes sur leur progéniture qui s’est largement répandue dans la littérature psychosociologique à partir de la fin des années trente, sous l’impulsion d’Everett Stonequist (1937). À partir de ses observations de terrain, cet auteur définit des traits de personnalité propres à des sujets situés à la lisière de deux ou plusieurs traditions. Selon Stonequist, une personne qui s’identifie à deux groupes aux normes différentes, voire incompatibles, vit nécessairement ce conflit comme une difficulté personnelle aiguë qui entraîne une marginalité psychologique, caractérisée par un excès de timidité (self-consciousness) et de  » susceptibilité raciale  » (race-consciousness), une ambivalence émotionnelle et intellectuelle, des sentiments d’infériorité, une hypersensibilité, de la nervosité, de l’irritabilité, une instabilité de l’humeur, un manque de confiance en soi, et des sentiments d’isolement et de non-appartenance. Ce tableau plutôt sombre a connu un franc succès ; nombreux, en effet, sont les auteurs – sociologues, psychologues, psychothérapeutes qui s’y réfèrent explicitement dans leur abord des enfants issus de mariages mixtes en général ainsi que spécifiquement judéo-chrétiens (Zanden, 1963 ; Gordon, 1968 ; Mann et Waldron, 1977 ; Blau Becker et Fitzpatrick, 1984 ; etc.). Par ailleurs, le modèle de l’identité d’Erik Erickson a également été mis à contribution dans les recherches sur les enfants issus de mariages mixtes, en particulier l’idée d’une  » confusion de rôles  » susceptible de se produire à l’adolescence lorsque le sujet constate un décalage entre sa propre perception de son identité et celle qui lui est renvoyée de l’extérieur.

Depuis le début des années soixante-dix, parallèlement à la banalisation croissante des mariages entre juifs et non-juifs, les chercheurs qui s’intéressent aux enfants issus de ces unions tentent pour la plupart de remettre en cause la notion d’une fragilité psychologique particulière à cette population, notion qui, par ailleurs, continue à circuler dans certains textes cliniques ou populaires. Leurs résultats invalident quasi systématiquement l’hypothèse d’une prévalence de problèmes psychopathologiques particuliers chez ces enfants (Frideres, Goldstein et Gilbert R., 1971 ; Mayer, 1983 ; Grossman, 1990 ; Barbasch, 1993, Whitcomb, 1996). Toutefois, en l’absence d’études épidémiologiques de grande envergure, la question n’est pas véritablement tranchée. Telle n’est assurément pas l’ambition de l’étude présentée ici dont la visée est principalement clinique. Ce bref résumé de l’état de la recherche consacrée aux enfants issus de mariages mixtes judéo-chrétiens fait apparaître un problème méthodologique essentiel, à savoir que le recours à des concepts psychologiques ou psychopathologiques généraux pour appréhender une population pourtant très spécifique a pour conséquence d’amorcer un débat idéologique polarisé. En effet, l’hypothèse d’une  » marginalité psychologique  » ou d’une  » confusion d’identité  » chez ces enfants débouche inévitablement sur une vision négative, voire pathologique de ces derniers. Dès lors, elle ouvre la voie à une condamnation de principe de ces mariages au nom de la santé mentale de la progéniture[1]. Un tel discours suscite à son tour, et fort heureusement du reste, une réaction opposée, mais dont les tenants tombent parfois dans l’excès inverse, n’hésitant pas à vanter les avantages du mariage mixte et la richesse des enfants qui en naissent. Or, d’un côté comme de l’autre se trouve ainsi éludée la singularité des problématiques que les sujets concernés sont susceptibles de rencontrer. C’est précisément cette singularité que nous tentons ici d’appréhender.

Cadre théorique et méthodologique

Suivant le paradigme des recherches en ethnopsychiatrie menées à l’Université Paris 8 sous l’impulsion de Tobie Nathan, nous prenons le parti de poser la question du métissage entre juifs et chrétiens non pas en fonction des catégories de la psychopathologie, ni même en fonction de la psychologie des sujets, mais plutôt à partir des mondes juifs et chrétiens, de leurs logiques et de leurs objets propres, envisagés comme participant d’autant de systèmes non métissables. Notre démarche s’inscrit dans le sillage d’une réflexion sur les modalités culturelles de  » fabrication  » des humains amorcée par Nathan et ses collaborateurs au décours de nombreuses observations cliniques et de recherches de terrain sur les techniques thérapeutiques. Elle s’appuie en particulier sur deux séries d’idées. La première concerne précisément la  » fabrication  » des personnes et peut être résumée par les énoncés suivants :

Les groupes fabriquent des objets spécifiques (langues, rituels, théories, mythes, divinités, substances, choses, manières de faire, etc.).

Ces objets, à leur tour, fabriquent un à un les sujets de ce groupe (Nathan, 1994, 1999, 2000).

Les objets fabriqués par les groupes ne sont pas « métissables[2]« .

Ce n’est qu’à partir du moment où l’on admet cette dernière conception, – à savoir que les objets fabriqués par les groupes ne peuvent se mélanger –, que la problématique des personnes nées à l’interface de plusieurs groupes différents devient intéressante. Car se pose alors le problème de savoir par quels objets, parmi ceux des différents groupes en présence, ils vont être  » fabriqués « . De savoir, en outre, quelle articulation il peut y avoir entre ces objets hétérogènes, voire concurrents.

La seconde série de principes sur lesquels repose cette recherche – empruntée, là encore, aux élaborations théoriques de Tobie Nathan (1998a, 1998b et 2000) – concerne les dispositifs thérapeutiques. Ils sont les suivants :

les dispositifs thérapeutiques  » fabriquent  » les patients auxquels ils s’adressent, les construisent en tant que  » cas  » ;

ce faisant, ils tendent à affilier ces derniers aux théories qui les sous-tendent et aux réseaux qu’ils constituent.

À partir de ces principes, il nous a semblé pertinent, d’un point de vue clinique, d’expérimenter une nouvelle construction de la problématique de personnes issues de mariages judéo-chrétiens en proposant à ces derniers d’envisager leur parcours et leurs difficultés à partir d’une catégorie spécifique créée à cet effet par le chercheur. Il s’agit d’une catégorie du sens commun, pourtant nouvelle en psychologie et en psychopathologie : celle de métis judéo-chrétien. Cette notion est envisagée non pas comme une catégorie descriptive mais plutôt comme un outil technique susceptible de contribuer à la production de données nouvelles et d’inspirer des modalités de prise en charge adaptées.

La notion de métis judéo-chrétien est intéressante à partir du moment où l’on accepte de considérer que juifs et chrétiens relèvent de mondes distincts, voire incompatibles – en tout cas conflictuels –, chacun étant organisé autour de pensées, d’actes, de rituels, d’objets, de langues spécifiques. En témoignent, par exemple, les logiques d’affiliation propres à chacun des deux systèmes. Pour aller vite, les juifs se définissent, pour le moins traditionnellement, comme un peuple. Dès lors, en tant que tel, sa principale préoccupation est de rester lui-même, c’est-à-dire distinct des autres peuples. Ainsi est-on juif avant tout par naissance, indépendamment de tout choix personnel. C’est pourquoi, traditionnellement toujours, même converti à une autre religion, un Juif continue à être considéré comme juif par les Juifs. Le christianisme se situe à l’opposé d’une telle logique puisqu’il s’agit d’un système qui se propose, à terme, de rassembler tous les humains autour d’un même credo selon un principe d’adhésion individuelle dont la force est de libérer le croyant de toutes ses loyautés préexistantes. D’un côté, donc, un groupe qui se distingue des autres groupes dont il présuppose de ce fait l’existence ; de l’autre, un système inclusif destiné à rendre caduque toute distinction entre êtres humains, un système dont la principale caractéristique est de se définir, au fond, comme étant, au contraire, un  » non-peuple « . En outre, et comme chacun sait, la doctrine chrétienne entretient, à l’égard du judaïsme, un lien de filiation. Filiation dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle se présente sur un mode antagoniste. En effet, de par l’avènement du Christ, la loi mosaïque – pensée par les juifs comme révélée par le don de la Torah – est déclarée  » périmée[3]« . Enfin, la catégorie de métis n’existe ni chez les juifs ni chez les chrétiens, de sorte qu’aucun des deux systèmes ne réserve de place particulière aux personnes issues de mariages mixtes. En effet, la conception de l’appartenance juive est strictement binaire : un individu est soit juif, soit goy ; il n’y a pas de catégorie intermédiaire. Le christianisme (il serait plus exact de dire les christianismes) n’offre pas non plus de catégorie pour penser le métis dans la mesure où, en théorie du moins, tout chrétien l’est devenu en son propre nom, c’est-à-dire de manière individuelle et quelles que soient ses appartenances préalables.

Ainsi, dans la mesure où ni les concepts généraux de la psychologie, ni les catégories propres aux groupes dont ils relèvent ne sont susceptibles de rendre compte de la spécificité du vécu de sujets situés à l’interface des deux systèmes, cette recherche propose de penser ces sujets à partir du concept de  » métis culturel « , plus précisément de  » métis judéo-chrétien « , les invitant par la même occasion à se penser eux-mêmes à partir de ce concept en leur fournissant un dispositif leur permettant de le faire. Nous insistons sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une donnée naturelle mais bien d’une construction du chercheur. Cette notion paraît pertinente à plusieurs titres. D’une part pour la compréhension du destin des sujets qui nous occupent comme résultat d’une  » fabrication « . Autrement dit, par le biais de cette notion, la proposition leur est faite de réfléchir sur la manière dont ils se sont construits, dont on les a construits et dont ils continuent à se construire. D’autre part, cette notion paraît également pertinente pour leur éventuel traitement psychothérapique, lorsque cela s’avère nécessaire. Soulignons que, dans une telle perspective, il ne s’agit plus de savoir si les personnes issues de mariages mixtes judéo-chrétiens présentent plus ou moins de troubles psychopathologiques que la moyenne, ni de faire l’hypothèse de troubles identificatoires ou relationnels particuliers à ces sujets. Dès lors que l’on s’intéresse aux collectifs réels qui constituent l’environnement de ces derniers, il devient possible d’envisager la question de la manière suivante : quand des problèmes se posent à des métis judéo-chrétiens, ils se posent alors de façon spécifique. Cette proposition découle du postulat de l’hétérogénéité des systèmes en présence. En effet, si l’on admet ce postulat, alors les problèmes singuliers sont susceptibles de surgir non pas des conflits intrapsychiques ou relationnels des sujets mais de l’articulation des systèmes hétérogènes dont ils relèvent. Ce sont ces problèmes spécifiques, rencontrés à l’interface des systèmes et des réseaux, que nous tentons de définir et d’analyser dans cette recherche.

La recherche elle-même a été menée auprès d’adultes âgés de 25 à 65 ans, issus de mariages entre juifs (ashkénazes ou sépharades) et chrétiens (catholiques ou protestants)[4]. Pour le recueil du matériel, outre une douzaine de cas cliniques rencontrés ou suivis en institution, des entretiens de recherche psychohistoriques[5] enregistrés au magnétophone ont été effectués auprès de dix-huit personnes. Au total, vingt-cinq entretiens de recherche approfondis ainsi que plus d’une centaine d’entretiens cliniques ont été effectués auprès de trente sujets (quinze hommes et quinze femmes) âgés, pour la plupart, entre vingt-six et trente-quatre ans. Dix-sept sujets ont un père juif et une mère chrétienne ; dix sujets ont un père chrétien et une mère juive ; trois sujets ont un parent issu de mariage mixte judéo-chrétien, l’autre parent étant chrétien. Tous les entretiens enregistrés ont été transcrits mot à mot. À partir des transcriptions, des récits de vie détaillés ont été construits pour sept cas selon une méthode visant à mettre en lumière certains aspects de la problématique de l’individu ou de sa famille au regard de faits historiques pertinents ainsi que de certains rituels ou objets spécifiquement juifs ou chrétiens. Par manque de place, nous ne pouvons rapporter le détail de ces sept récits (cf. Grandsard, 2000) dont nous nous bornerons à esquisser quelques-unes des grandes lignes.

Anne est une jeune femme d’une trentaine d’années ; sa mère, juive ashkénaze, a été une enfant cachée pendant la guerre, son père est catholique. Si la naissance d’une fille a évité à ses parents d’avoir à prendre position sur la question de la circoncision, lorsqu’elle est petite, la mère d’Anne lui intime plusieurs fois de ne pas dire qu’elle est juive, lui faisant ainsi passer l’information qu’elle l’est. Plus tard, dans le collège catholique qu’elle fréquente, Anne est seule dans son cas. Bien qu’elle s’essaie à la pratique des rituels (prières, communion, etc…), elle refuse catégoriquement de demander le baptême et s’arrange, au bout du compte, pour être exclue de l’établissement. De par les logiques qu’ils véhiculent, les rites de naissance chrétien et juif – baptême et circoncision –, s’opposent radicalement. Prise dans les contradictions insolubles de ces logiques incompatibles, la trajectoire de vie d’Anne – qui, tout en ayant  » choisi son camp « [6] [6] et se pensant donc juive, parvient difficilement à concrétiser son choix et s’installer dans la vie – suggère que les problèmes, pour les personnes issues de mariages judéo-chrétiens, surgissent dans la négociation des choses à faire bien plus que dans la nature des personnes avec qui les faire.

Pour Pierre, de père catholique et de mère juive d’Algérie convertie à l’âge adulte au catholicisme, c’est autour de la circoncision que le conflit psychique se focalise, se développe et finit par se résoudre. Élevé avec ses frères et sœurs dans la pratique sérieuse du catholicisme, Pierre, au décours d’une rencontre passionnelle avec une femme juive dont il est aujourd’hui séparé mais avec qui il a eu un enfant, a entrepris un long parcours dont un aboutissement décisif a été la décision de se soumettre au rituel juif de la circoncision à près de quarante ans. Il situe à ce moment la disparition d’un sentiment profond et permanent qu’il avait toujours eu d’être quelqu’un d’à part, d’isolé.

La trajectoire d’Yves constitue le symétrique de celle de Pierre. Fils d’un juif ashkénaze, survivant des camps nazis et d’une femme catholique, le conflit s’est organisé pour lui autour du baptême chrétien et d’une conversion au catholicisme à l’âge adulte, conçue comme solution au passé concentrationnaire de son père.

Isabelle, elle, est un peu atypique, puisqu’elle est la fille d’une mère chrétienne et d’un père lui-même métis de père juif de Turquie et de mère catholique. Dans ce cas, c’est également autour de la circoncision que le conflit psychique s’est focalisé, en l’occurrence celle d’un éventuel fils, sans pouvoir trouver d’issue  » rituelle  » comme les deux cas précédents. La jeune femme s’est d’abord mariée avec un homme musulman avec qui elle n’a pas eu d’enfant, du fait d’un désaccord insurmontable autour de l’appartenance religieuse de leurs futurs enfants. Après plusieurs autres tentatives de vie de couple, qui elles aussi ont buté sur l’appartenance des enfants à venir, Isabelle a fini par se découvrir homosexuelle, ce qui lui a permis de mettre cette question de côté, du moins pour un temps.

Dans la trajectoire de Delphine se pose la question de la logique et de l’efficacité des rites de  » retour  » (techouvah) tels qu’ils sont pratiqués de nos jours dans les communautés juives orthodoxes. Le père de Delphine est catholique, sa mère est juive ashkénaze, née en France de parents immigrés de Pologne. Enfant cachée durant la guerre, cette dernière souffre de graves séquelles psychiques ayant nécessité des hospitalisations répétées. Élevée sans aucune référence religieuse, à partir de l’âge de treize ans, Delphine a entrepris d’elle-même de mettre en pratique certains des commandements de la Torah. Peu à peu, elle en est venue à respecter scrupuleusement l’ensemble de ces commandements, aboutissant à travers ce processus à une véritable métamorphose de son être. L’analyse de ces rites de retour fait toutefois apparaître leur caractère contradictoire, car tout en étant très contraignants puisqu’ils organisent la vie quotidienne dans sa totalité, ces rites sont en même temps forcément vécus comme provisoires puisqu’ils ne s’appuient pas sur l’existence de traditions familiales transgénérationnelles.

Claire, quant à elle, est une jeune femme de mère catholique, croyante mais non-pratiquante, et de père juif sépharade, rapatrié d’Algérie, de famille pratiquante. Déclarée non-juive par sa famille juive, à commencer par son père dont elle est par ailleurs très proche, la vie de cette jeune femme est comme suspendue face à l’impossibilité pour elle de faire un choix d’appartenance et à l’obligation de maintenir le paradoxe sur lequel elle s’est construite, celui d’être à la fois juive et non juive. Se reprochant sans cesse d’avoir  » brisé la chaîne des générations « , le père de Claire a organisé récemment avec ses frères – qui tous ont épousé des femmes non-juives – un rite exceptionnel à la mémoire de leur propre père : l’installation d’une Torah dans la synagogue que celui-ci fréquentait. Peu de temps après cet événement, Claire, déprimée, souhaitant prendre de la distance vis-à-vis de son dilemme d’appartenance, a demandé pour la première fois une brève hospitalisation en psychiatrie. Quelle ne fut sa surprise, son effroi même, lorsque à cette occasion un patient qu’elle ne connaissait pas lui demanda à brûle pourpoint :  » alors, t’es juive ou t’es catholique ?  » La question, pour Claire, reste entière…

Hélène, enfin, est née d’une mère juive immigrée de Pologne, quasiment seule survivante de sa famille, et d’un père suisse francophone issu d’une famille de notables calvinistes. Alors qu’elle a fait sa vie dans un milieu exclusivement chrétien et qu’elle-même se disait plus ou moins chrétienne jusque-là, le décès et l’enterrement juif de sa mère ont occasionné un bouleversement dans sa vie et une amorce de  » retour  » à des pratiques juives. À cinquante ans, Hélène voit ainsi sa vie se transformer lentement mais inéluctablement, ce qui lui procure à la fois satisfaction et angoisse. En effet, si elle a le sentiment de révéler enfin au grand jour une partie d’elle-même qu’elle a toujours tenue cachée, un écart se creuse peu à peu avec les personnes de son entourage et elle se sent de ce fait de plus en plus isolée. Ainsi, c’est la mise en pratique d’un rituel juif qui la concernait au plus profond de son être, l’enterrement de sa propre mère, qui a radicalement modifié le cours de l’existence de cette femme, mère de deux filles adolescentes, et jusque-là solidement installée dans l’existence.

Analyse des résultats

Nous avons pensé que la catégorie de métis judéo-chrétien pouvait être intéressante pour la compréhension du destin des sujets concernés comme résultat d’une  » fabrication  » spécifique, d’une part, et d’autre part pour leur traitement psychothérapique. Pour ce qui est de la première idée, les résultats de notre recherche nous incitent à dire qu’elle se vérifie, notamment à travers les récits de vie que nous avons pu construire à partir du matériel recueilli, mais aussi de par les commentaires de nos interlocuteurs qui déclarent, presque tous, et spontanément, qu’ils ont rarement, voire jamais, eu l’occasion d’évoquer la question de leur  » mixité  » de cette manière et qu’ils y trouvent un réel intérêt pour eux-mêmes – voire une sorte de  » révélation « . Concernant l’intérêt de la notion de métis judéo-chrétien dans une perspective de psychothérapie, au terme de cette recherche préliminaire, cette notion s’annonce très prometteuse. Le matériel obtenu suggère en effet qu’il y aurait un intérêt certain, d’un point de vue clinique, à penser les personnes à partir des systèmes d’objets, postulés comme non métissables, et ce à plusieurs titres.

Une telle démarche produit des récits au plus près de la propre perception des personnes ; perception que celles-ci ont, semble-t-il, rarement l’occasion d’articuler. Cette approche constitue ainsi un puissant vecteur pour entrer en relation avec ces sujets.

Penser les sujets non pas à partir de leur psychologie, ce qui implique de recourir à des concepts psychologiques, mais à partir des actes, des objets, des logiques et des mythes propres aux mondes dont ils sont issus, constitue un frein efficace à une tendance naturelle des cliniciens, surtout lorsqu’ils sont chevronnés, à glisser vers une position d’absolue compréhension de  » la  » problématique des sujets, en fonction des orientations théoriques qu’ils défendent. Un frein, également, au corollaire de ce type de position, autrement dit, ce processus aveugle de  » conversion  » du patient à la théorie de son thérapeute mis en évidence par Tobie Nathan (1998a, 1998b, 2000 et à paraître), et tout particulièrement dans les psychothérapies. Car si tous les dispositifs de soin mettent en œuvre des mécanismes puissants d’affiliation, les thérapies dites  » traditionnelles  » affilient leurs patients aux théories d’un groupe culturel tout entier alors que les thérapies  » savantes « , pour reprendre la terminologie de Nathan, affilient ces derniers à celles d’un groupe de professionnels experts,  » scientifiques « . Or, de par leur prétention scientifique, précisément, ces théories sont destinées à s’infiltrer dans la population afin de supplanter les théories locales disqualifiées a priori comme autant de croyances et de  » prénotions « . De ce fait, si l’on a quelque réticence, en tant que clinicien, à participer de plain-pied à une entreprise de  » rééducation  » du peuple, il s’avère utile d’envisager les patients non pas à partir des concepts de notre propre théorie prétendument  » scientifique « , mais plutôt à partir des pensées et des manières de faire des collectifs auxquels ces derniers ont appartenu, appartiennent, ou ont décidé d’appartenir.

Dès lors que l’on adopte un tel point de vue, des propositions ouvrant de nouvelles perspectives aux personnes sont susceptibles de surgir, comme autant de  » lignes de fuite  » à la façon de Deleuze, impliquant des  » devenirs  » à la fois singuliers et multiples. Parmi ces propositions, celle de  » réparer  » la transgression d’un parent, – généralement du parent juif pour les sujets qui nous concernent ici –, dans un mouvement de réappropriation des objets du monde délaissé. La plupart des sujets rencontrés dans le cadre de cette recherche restent fascinés par cette tentation. Rien n’exclut, toutefois, la proposition qui consiste à entériner activement la dite transgression, à se l’approprier, voire même à la mener plus loin, comme le suggèrent les trajectoires de plusieurs des sujets rencontrés. Ainsi, le bénéfice d’une réparation ne proviendrait pas nécessairement de la réparation en elle-même – le fait de  » devenir  » juif ou chrétien par exemple – mais peut-être plutôt du fait de quitter une position passive – celle d’être né  » métis  » – pour occuper la position active de celui qui décide de reconstruire le monde. À partir du moment où le sujet parvient à occuper cette position active, il peut choisir de suspendre les travaux à tout moment, voire d’abandonner définitivement le  » chantier « . C’est sans doute ce qui explique les rebondissements et les allers-retours qui caractérisent souvent les trajectoires de vie des métis judéo-chrétiens. Car même élevés juifs, certains deviennent chrétiens, et même élevés chrétiens, certains deviennent juifs…

L’approche méthodologique mise en œuvre dans cette recherche facilite ce passage de la passivité à l’activité puisqu’elle permet aux sujets concernés de s’emparer des  » mythes d’origine « . Dès lors, ils peuvent se penser non plus comme un prototype isolé, mais comme le  » premier  » juif, ou le  » premier  » chrétien, se vivre comme celui qui est destiné à reparcourir l’histoire de son groupe d’appartenance, même s’il ne peut généralement présumer de l’aboutissement du parcours.

L’on pourrait penser que la démarche méthodologique exposée dans ce travail contribue à  » fabriquer  » des juifs ou des chrétiens pieux. En réalité, il n’en est rien. Plutôt, en leur ouvrant des pistes pour résoudre leurs problèmes d’appartenance, cette approche procure aux sujets concernés la possibilité de sortir de l’impasse pour ensuite pouvoir vivre comme tout un chacun – en tout cas, comme un juif, ou un chrétien, d’aujourd’hui. Ainsi, peu de temps avant sa circoncision marquant l’aboutissement de sa conversion au judaïsme, un de nos interlocuteurs déclare, avant d’éclater de rire :  » Une fois que je serai juif, je verrai bien si je vais à la synagogue ou à l’église !  »

Discussion

Envisagée à partir des différents mondes en présence, de leurs objets et logiques propres, la question du métissage judéo-chrétien croise une préoccupation majeure, actuelle, propre à un collectif particulier, en l’occurrence la  » communauté  » juive. Certes, celle-ci est très hétérogène, mais elle constitue néanmoins une réalité repérable, le plus explicitement à travers l’existence d’institutions, de pratiques spécifiques ainsi que d’événements culturels. Mais contrairement, par exemple, à ce qui se passe de l’autre côté de l’Atlantique, cette préoccupation n’a trouvé pour ainsi dire aucun écho dans les universités françaises, notamment dans les différentes disciplines des sciences humaines, à l’exception de l’histoire. Il est vrai que notre tradition républicaine ne nous a pas habitué à envisager la recherche comme pouvant s’articuler avec le questionnement d’une collectivité distincte, autre que celle représentée par l’Etat. Or, la recherche en sciences humaines participe pleinement à l’établissement de politiques sociales, éducatives ou sanitaires. De sorte qu’il est permis de dire que ces sciences décrivent une réalité sociale tout autant qu’elles contribuent à la construire. Pour citer une fois de plus l’exemple des Etats-Unis, ce constat est clairement illustré par le fait que les réponses communautaires juives à la question des mariages mixtes s’inspirent très fréquemment de recherches sociologiques ou psychologiques souvent effectuées à la demande d’institutions juives.

Dans cette optique, l’approche présentée ici pourrait ouvrir la voie à un nouveau type d’articulation entre la recherche universitaire et le terrain, une articulation qui ne reculerait pas devant la perspective de mettre la recherche au service des préoccupations locales de collectifs spécifiques en développant des outils permettant de conceptualiser ce type de préoccupations sans les dénaturer. En acceptant de travailler dans l’intérêt de groupes particuliers, le chercheur, tout en conservant son indépendance, se soumet à une évaluation de la part d’instances extérieures à sa discipline, ce qui, d’un point de vue méthodologique, dynamise considérablement la recherche. Car, à trop vouloir être neutre, le risque est que la recherche en psychologie, notamment, se referme sur elle-même et finisse par ne produire que des données très éloignées de la réalité des personnes.

Pour ce qui concerne la question du métissage entre juifs et chrétiens, le fait de prendre comme point de départ les objets réels des différents univers concernés jette des bases solides sur lesquelles construire le type d’articulation que nous venons d’évoquer. En effet, l’esprit dans lequel s’inscrit notre recherche ouvre la voie, nous l’espérons du moins, à un enrichissement mutuel de la psychologie et du terrain. Enrichissement de la psychologie, grâce à la production de données nouvelles, et enrichissement du terrain – ici la communauté juive de France – grâce aux solutions et réponses pratiques que ces mêmes données pourront peut-être inspirer. Par exemple, la crise déclenchée chez un métis (ou dans sa famille) suite à la découverte du châle de prière d’un grand-père décédé, ou suite à la décision de se faire circoncire à l’âge adulte, ou encore celle de respecter les interdits alimentaires dictés par les lois de la casherout, tous ces problèmes sont susceptibles de concerner tout autant le psychologue clinicien que les représentants de la communauté juive contraints de répondre, d’une manière ou d’une autre, aux demandes qui leur sont adressées par les personnes vivant ce type de situations.

La question qui traverse les métis judéo-chrétiens, dès lors que l’on s’efforce de les penser en fonction des systèmes hétérogènes auxquels ils se rattachent, est une question d’une étonnante actualité. En effet, vue sous cet angle, elle pourrait se résumer au fait de se situer à la croisée d’un peuple et d’un  » non-peuple « , bien qu’il soit abusif de prendre ces termes au pied de la lettre. Car, d’une certaine manière, les juifs aussi participent d’un  » non-peuple  » même si, du point de vue de la doctrine, l’assomption du non-peuple est projetée dans l’avenir (‘olam abam,  » le monde à venir « ). Parallèlement, les chrétiens appartiennent eux aussi à des peuples distincts ayant leurs objets propres. Toutefois, à considérer les grandes lignes des logiques en jeu dans chacun des deux systèmes, les métis judéo-chrétiens ont, en dernier lieu, à  » choisir  » entre deux lignes de conduites radicalement opposées. De fait, il s’agit pour eux soit d’entretenir ou de réactiver – ne serait-ce que provisoirement – les objets d’une collectivité particulière, historiquement délimitée, en l’occurrence la collectivité juive, ou bien d’entériner l’abandon de ces objets au profit d’un système qui se destine à englober dès aujourd’hui l’humanité tout entière.

N’est-ce pas le même enjeu, particulièrement actuel, que bien des individus issus des horizons les plus variés ont à négocier, à l’heure de la globalisation ? Ce serait là l’ultime paradoxe des métis judéo-chrétiens : eux qui se vivent si souvent comme des sortes de Martiens dépourvus de semblables, se révèleraient ainsi, au bout du compte, occuper une fonction d’éclaireurs de la modernité en marche, ayant à résoudre dans leur chair même une problématique qui se pose, en fait, à tous les peuples…

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[1] Un clinicien écrivait ainsi, en 1968, au sujet des enfants de mariage mixtes en général (y compris judéo-chrétiens) :  » Psychologically, the children of intermarriage are faced with more numerous emotional problems than we have a right to bequeath to them.  » (Gordon, 1968 : 369).

[2] « …si les humains peuvent se mélanger à l’infini, les systèmes culturels, les langues ne sont en aucun cas « métissables » « . Nathan (1993 : 20).

[3]  » …nous servons sous le régime nouveau de l’Esprit et non plus sous le régime périmé de la lettre.  » (Epître de Paul aux Romains 7, 6).

[4] Le terme de  » chrétien  » est employé au sens large, pour désigner des personnes qui ne sont pas nécessairement pratiquantes ni croyantes, mais dont les familles sont de tradition chrétienne.

[5] Selon une méthode empruntée à N. Zajde (1995).

[6] Selon ses propres termes

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Ce texte a été publié dans Psychologie Française.
N°46-1, 2001, 89-97.